Date de publication : 27 October 2025
Publié par : Sanya Mehra
Le secteur maritime, pilier du commerce mondial, est de plus en plus vulnérable aux cybermenaces à mesure qu'il s'engage dans la transformation numérique. Avec plus de 80 % du commerce mondial en volume transporté par voie maritime, selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), sa dépendance aux systèmes interconnectés en fait une cible privilégiée des cyberattaques. Des systèmes de navigation à la gestion des cargaisons, l'intégration des technologies a transformé les opérations maritimes, mais a également engendré d'importants cyber-risques. Ce blog décrit la nature des cyber-risques maritimes, leur impact et les stratégies pour les atténuer, offrant ainsi un guide complet aux acteurs du secteur du transport maritime.
La cybersécurité en mer : pourquoi est-elle importante ?
Depuis ses origines, le secteur maritime a été perçu comme une industrie purement physique, où les risques se concentraient sur la piraterie, les tempêtes et les pannes mécaniques. Cependant, l'adoption rapide des technologies numériques telles que l'Internet des objets (IoT), les systèmes automatisés et les communications par satellite a transformé les navires en réseaux flottants. Selon un rapport de 2023 de l'Organisation maritime internationale (OMI), plus de 90 % des navires commerciaux utilisent désormais une forme ou une autre de technologie numérique de navigation ou d'exploitation. Si ces systèmes améliorent l'efficacité, ils rendent également les navires vulnérables aux cybermenaces susceptibles de perturber les opérations, de compromettre la sécurité et d'entraîner des pertes financières considérables.
Les cyber-risques dans le secteur maritime ne sont pas théoriques. Une étude de 2021 menée par la société de cybersécurité maritime CyberOwl a révélé que les cyberincidents dans le secteur du transport maritime ont augmenté de 900 % entre 2017 et 2020. Des incidents retentissants, tels que l'attaque par rançongiciel NotPetya en 2017, qui a coûté au géant du transport maritime Maersk environ 300 millions de dollars, illustrent les conséquences concrètes d'une cybersécurité inadéquate. Ces incidents soulignent la nécessité d'une gestion robuste des cyber-risques pour protéger les navires, les ports et les chaînes d'approvisionnement.
Types de cyber-risques maritimes
- Système de navigation corrompu : Les navires modernes utilisent des systèmes électroniques d’affichage et d’information cartographiques (ECDIS) et des systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS) pour leur navigation. Les cybercriminels peuvent exploiter des vulnérabilités pour manipuler les signaux GPS, une technique appelée usurpation d’identité. En 2019, un rapport des garde-côtes américains a révélé plusieurs cas d’usurpation d’identité GPS en mer Noire, ce qui a conduit des navires à communiquer des positions erronées et à risquer des collisions ou des échouements.
- Logiciels de rançon et logiciels malveillants : Les attaques par rançongiciel, où des pirates informatiques bloquent des systèmes critiques et exigent une rançon, constituent une menace croissante. L’attaque de 2020 contre le port de Houston a perturbé ses opérations pendant plusieurs jours, mettant en évidence les vulnérabilités de l’infrastructure portuaire. Les logiciels malveillants peuvent également s’infiltrer dans les systèmes embarqués des navires via des courriels d’hameçonnage ou des clés USB non sécurisées, compromettant ainsi les systèmes de technologies opérationnelles (TO) et les systèmes informatiques (SI).
- Attaques contre la chaîne d'approvisionnement : La chaîne d'approvisionnement maritime comprend de nombreux acteurs, notamment les armateurs, les autorités portuaires et les prestataires logistiques. Un rapport de 2022 de l'Agence de l'Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) a révélé que 40 % des cyberincidents maritimes provenaient de fournisseurs tiers dont les protocoles de sécurité étaient insuffisants. Les attaquants exploitent ces failles pour accéder à des réseaux plus vastes et plus importants.
- Menaces internes : Les membres d’équipage ou le personnel à terre ayant accès à des systèmes sensibles peuvent provoquer, par inadvertance ou intentionnellement, des cyberincidents. Une enquête menée en 2023 par l’assureur maritime Gard a révélé que 25 % des cyberincidents maritimes étaient liés à des erreurs humaines, comme cliquer sur des liens d’hameçonnage ou ne pas mettre à jour les logiciels.
- Fuites de données : Les navires et les ports traitent d’énormes quantités de données sensibles, notamment les manifestes de chargement, les informations sur les équipages et les transactions financières. Une fuite de données peut entraîner un vol d’identité, une fraude ou la divulgation de secrets commerciaux. En 2020, l’OMI a signalé une fuite de données sur son site web public, mettant en lumière les vulnérabilités de la gestion des données maritimes.
L'impact des cyberincidents sur l'industrie maritime
Les cyberincidents maritimes ont des répercussions diverses et importantes, affectant la sécurité, la stabilité financière et la réputation des organisations :
- Perturbations opérationnelles : Une cyberattaque visant les systèmes de propulsion ou de navigation d’un navire peut perturber ses opérations, entraînant des retards et des pertes financières. L’attaque NotPetya de 2017 a paralysé les opérations mondiales de Maersk pendant plusieurs semaines, provoquant des répercussions sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
- Risques pour la sécurité : Les systèmes de navigation altérés peuvent provoquer des collisions, des échouements ou des catastrophes environnementales. Par exemple, un système ECDIS piraté pourrait induire en erreur un pétrolier transportant des matières dangereuses, augmentant ainsi le risque de déversements ou d’explosions.
- Pertes financières : L’impact financier des cyberincidents est considérable. Un rapport de 2023 prévoyait qu’une seule cyberattaque contre une grande compagnie maritime pourrait coûter plus de 250 millions de dollars américains, en incluant la récupération des données, l’indisponibilité du service et les frais juridiques.
- Sanctions réglementaires : La résolution MSC.428(98) de l’OMI, adoptée en 2017, impose aux exploitants maritimes d’intégrer la cybersécurité à leurs systèmes de gestion de la sécurité (SGS). Le non-respect de cette obligation peut entraîner des amendes, des immobilisations ou la perte de certifications.
- Atteinte à la réputation : Un incident de cybersécurité peut nuire à la confiance des clients, des partenaires et des organismes de réglementation, entraînant des pertes commerciales à long terme.
Cadre réglementaire et lignes directrices de l'industrie
Face à la menace croissante, les organismes internationaux ont mis en place des réglementations visant à renforcer la cybersécurité maritime. Les directives de l'OMI relatives à la gestion des cyber-risques maritimes, élaborées en 2017, imposent aux armateurs d'analyser et d'éliminer les cyber-risques dans le cadre de leur système de gestion de la sécurité (SGS). Par ailleurs, l'Association internationale des sociétés de classification (IACS) a formulé des recommandations pour des systèmes d'embarquement sécurisés, en insistant sur la nécessité de réseaux segmentés et de mises à jour logicielles régulières. Enfin, la stratégie de cybersécurité 2021 des garde-côtes américains pour le système de transport maritime décrit des mesures destinées à protéger les ports et les navires contre les cybermenaces.
Malgré ces efforts, la mise en conformité demeure un défi majeur. Une étude menée en 2023 par le cabinet de conseil maritime BIMCO a révélé que seulement 60 % des compagnies maritimes interrogées avaient pleinement appliqué les directives de l'OMI en matière de cybersécurité, en raison de contraintes de ressources et d'un manque d'expertise.
Stratégies pour réduire les cyber-risques maritimes
Pour faire face à la complexité des cyber-risques maritimes, les acteurs concernés doivent adopter des mesures proactives. Voici les principales stratégies pour renforcer la cybersécurité :
- Effectuez des évaluations régulières des risques : les armateurs et les exploitants portuaires doivent procéder régulièrement à des évaluations des risques cybernétiques afin d’identifier les vulnérabilités de leurs systèmes informatiques et opérationnels. L’OMI recommande d’utiliser des cadres de référence tels que le cadre de cybersécurité du NIST pour guider ces évaluations.
- Suivez une formation rigoureuse en cybersécurité : l’erreur humaine est une cause majeure d’incidents informatiques. Les équipages et le personnel à terre doivent bénéficier d’une formation régulière sur la reconnaissance des tentatives d’hameçonnage, la sécurisation des appareils et le respect des protocoles de cybersécurité. En 2024, l’organisme de formation maritime DNV a indiqué que les entreprises disposant de programmes de formation détaillés ont réduit leurs incidents informatiques de 30 %.
- Mettez en œuvre des pratiques de segmentation réseau : segmenter les réseaux informatiques et opérationnels empêche les attaquants de se déplacer latéralement entre les systèmes. Par exemple, séparer les systèmes de navigation des réseaux Wi-Fi de l’équipage réduit le risque qu’une seule intrusion perturbe les opérations critiques.
- Mise à jour et correctifs des systèmes : Les logiciels obsolètes constituent une porte d’entrée fréquente pour les cyberattaques. Il est donc essentiel d’effectuer régulièrement les mises à jour et les correctifs nécessaires pour les systèmes ECDIS, GNSS et autres. Selon un rapport de 2023 de la société de cybersécurité Sophos, 69 % des cyberincidents maritimes exploitaient des failles connues malgré l’existence de correctifs.
- Tirer parti des technologies avancées : des technologies comme les systèmes de détection d’intrusion (IDS) et la surveillance des menaces basée sur l’intelligence artificielle peuvent améliorer la cybersécurité. Par exemple, l’IA peut détecter les anomalies dans le trafic réseau et signaler les menaces potentielles avant qu’elles ne s’aggravent.
- Sécuriser la chaîne d'approvisionnement : Il est essentiel de vérifier les fournisseurs tiers et d'appliquer des normes strictes de cybersécurité tout au long de la chaîne. L'ENISA recommande d'utiliser des clauses contractuelles pour garantir que les fournisseurs respectent les meilleures pratiques en matière de cybersécurité.
préparation.
L'avenir de la cybersécurité maritime
Face à la digitalisation rapide du secteur maritime, les cyber-risques devraient évoluer. Les technologies innovantes telles que les navires autonomes et la logistique basée sur la blockchain soulèvent de nouvelles préoccupations en matière de cybersécurité. Selon le Lloyd's Register, les navires autonomes devraient représenter 15 % du transport maritime mondial d'ici 2030. Leur dépendance aux systèmes de contrôle à distance les rend toutefois particulièrement vulnérables aux cyberattaques.
La collaboration est essentielle pour relever ces défis. Les acteurs de l'industrie, les gouvernements et les experts en cybersécurité doivent œuvrer de concert pour définir des normes, partager des renseignements sur les menaces et investir dans la recherche. Des initiatives telles que le Centre des opérations de cybersécurité maritime (MCSOC), lancé en 2024, visent à assurer une surveillance des menaces en temps réel et un soutien à la communauté maritime mondiale.
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